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La Corse

La Corse

La Corse

Voici donc une île. Une belle île en mer, une île entre le ciel et l’eau, une île avec des îliens dessus. Bon, commençons par le début, quand les Corses étaient des montagnards. Autrefois, tout semblait éloigner les Corses de leur littoral. Jadis repliés dans leurs nids d’aigle, ils avaient de la plage une conception particulière. Les villageois descendaient y passer une partie de l’année, avec famille et troupeaux. Puis ils remontaient dans leurs perchoirs1 dès que l’été apportait sa première vague de chaleur torride. Entre les Corses et la mer persiste une relation d’amour et de crainte.

Ce sont, depuis toujours, à la fois des îliens et des montagnards. Inaccessibles, renfermés, farouches? Non, plutôt les gardiens de la terre des ancêtres, devenus prudents et réservés après des siècles d’invasions.

A l’exception de son étroite plaine orientale d’Aléria, l’Ile de Beauté n’est qu’une «montagne dans la mer», aux formes tourmentées2 et toujours différentes. Séparée des autres régions de France par un bras de mer de 170 km, elle se place dans un certain isolement. Très courue en été, elle est une des îles méditerranéennes les plus modestement peuplées. Bastia, Ajaccio, Bonifacio et Corte en rassemblent, à elles seules, la moitié de la population.

Le climat

Le climat en Corse est facile à décrire: de juin à mi-septembre, grand beau temps assuré. Mais il existe des nuances. Bien sûr, l’air est toujours plus frais en montagne qu’en bord de mer. Attention aux orages, brefs mais violents, qui éclatent dans l’intérieur souvent à la fin de l’été, entraînant des inondations parfois ravageuses3 comme celles de 1993. Malgré tout, les pluies sont vraiment rares: pas plus de 50 jours par an!

Certains jours, le vent souffle très fort: le libeccio, venant du sud-ouest, sec et chaud, le mistral et le sirocco, un vent sec et brûlant venu d’Afrique du Nord.

Et puis il y a de la neige: en altitude, elle peut persister jusqu’à mi-juin, voire début juillet…

Enfin, détail important: la température de l’eau sur les côtes est en moyenne de 15°C en hiver et de 25°C en été.

La langue corse

Le corse serait «un faisceau4 de parlers du groupe italien». La langue corse n’est régulièrement parlée que par les vieux et une poignée5 de jeunes. Pourtant, on estime à 70% le nombre d’habitants sachant la parler! Depuis 1974, la langue corse est reconnue comme langue régionale et enseignée à l’université de Corte.

Vous remarquerez vite, en Corse, que les habitants parlant français ont un certain accent corse. Ils «avalent» généralement les terminaisons des noms. Ainsi, Bonifacio se prononce «Boniface»; Porto-Vecchio — «Porto-Vek» et Sartène — «Sarté». De même, le «i» qui termine généralement les noms propres est presque effacé, comme prononcé dans un souffle. Quelques règles courantes: le «e» n’est jamais muet, le «ci» se prononce «tchi», le «che» donne «ké», les «r» sont roulés (légèrement, pas comme en espagnol) et les voyelles qui se suivent sont prononcées séparément.

Un peu d’histoire
La tête de Maure

La tête de Maure

La tête de Maure a été introduite comme emblème de la nation corse par Pascal Paoli en 1762 et constitue aujourd’hui le sujet central des armoiries officielles du pays. Les insulaires et les touristes amoureux de la Corse seraient bien embarrassés d’en fournir une explication. Qu’ils se rassurent, savants et historiens n’en savent pas plus qu’eux. Or, la légende dit que les Corses ont présenté au roi d’Aragon1, sur un drap blanc, la tête d’un prince maure décapité: » En gage de reconnaissance, ce drap sera désormais le drapeau de ton pays! »
1 Королевство на севере Испании, освободившее Корсику от Мавров в XI веке

Habitée depuis le VI-ème siècle avant J.-C., la Corse voit ses côtes visitées par tous les peuples marins de l’Antiquité. Au III-ème siècle, elle est conquise par les Romains, mais leur pénétration est peu profonde, de même que, plus tard, celle des Vandales, Ostrogoths, Byzantins, Lombards et même Sarrasins. En 1077, l’île est accordée par le pape à Pise. Mais en 1284 les Génois, vainqueurs des Pisans, s’en emparent et la conservent malgré de nombreuses révoltes. En 1729, la France soutient les Corses contre Gênes alliés à l’Autriche.

Au traité de Versailles de 1768, Gênes vend la Corse au roi de France. Malgré une résistance, l’île est annexée. Mais la révolution française modifie le rapport de force. Le Général Pasquale Paoli proclame le Royaume corse indépendant sous protection britannique. Mais la France ne reste pas inerte. En 1790, la Corse est organisée sur le modèle des départements français.

Les fléaux insulaires (vendetta, divisions, banditisme…) déclinent6 au début du siècle suivant, et la Corse devient une terre mythique chantée par les écrivains. Pendant la seconde guerre mondiale, elle s’illustre en résistant à Mussolini. Moins explosif qu’au temps de la domination génoise, le «problème corse» n’a, depuis lors, jamais reçu de vraie solution.

Pourtant, les réformes se sont succédées. En 1970, la région corse est instituée. En 1975, deux départements et l’université de Corte sont créés. L’Etat investit massivement mais c’est un échec. Depuis, les événements marquants de la vie politique corse sont très liés aux mouvements indépendantistes et autonomes.

Le Père de la Nation Corse

Pasquale Paoli

Pasquale Paoli

Pasquale Paoli, proclamé Général de la Nation a fortement marqué l’histoire de la Corse. En 1755, il est élu chef de la Résistance. C’est un général talentueux et progressiste. En treize ans, de 1755 à 1767, Paoli fera entrer la Corse dans le concert des nations: dans sa capitale de Corte, il crée une université, met en place un gouvernement, vote lois et impôts, frappe monnaie, lève une armée, élabore une constitution. Il œuvre également sur le plan économique en favorisant l’agriculture, l’industrie et le commerce extérieur. Il crée une administration chargée de la culture des terrains et introduit la pomme de terre en Corse. Paoli développe l’exploitation des mines de cuivre et de plomb et crée le port d’Isula. Celui que les Corses appellent «le Père de la Patrie» fait l’admiration de Jean-Jacques Rousseau.

Les Bandits et la Vendetta

Egalement appelés «bandits d’honneur» (car ils prenaient en principe le maquis pour des affaires de vendetta où était souvent impliqué l’honneur familial), ils font partie de la mythologie insulaire. Leur histoire va souvent de pair avec7 celle de la vendetta.

Selon une vieille coutume corse, un meurtre ou une offense8 grave engageait aussitôt l’honneur de la famille de la victime. Parents, frères, sœurs se devaient alors de9 faire justice eux-mêmes. Le prétexte à ces affrontements pouvait être même des plus ridicules: aboiement d’un chien, cadavre d’un âne ou d’une chèvre sur le chemin qu’empruntait un cortège de mariage, un geste intempestif10, un regard méprisant. Toutes ces raisons données pouvaient déclenchait une sorte de guérilla11 impitoyable entre deux clans ennemis d’un même village. La vendetta durait le temps qu’il fallait mais elle s’achevait souvent par l’extermination de l’une des familles ou par la fuite dans le maquis du principal justicier12.

Le principal endroit où pouvaient se cacher les bandits corses se situe entre Tor et le Monte Sant’Appiano, dans les sites magnifiques du Monte Cinto, du Monte Rotondo et dans la région du Niolo. Dans cette nature sauvage et luxuriante où se mêlent le chêne, myrtes, broussailles13, torrents et sentiers, se cachent des cavernes, grottes et éboulis14 rocheux qui leur fournissent un repaire15 sûr. Le «bandit» est condamné à vivre seul, au milieu d’un décor idyllique où il partage son existence avec les faucons, les mouflons et autres animaux sauvages.

Prosper Merimée nous décrit très bien une vendetta dans son roman «Colomba». Et voilà comment Ponson de Terrail (1829-1871), auteur de la nouvelle «Les Bandits», décrit les Corses.

En Corse, à chaque pas, dans chaque village, dans la plus humble des bourgades, le voyageur rencontre un homme qui a porté les épaulettes d’officier dans l’armée française, un homme qui a fait ses preuves d’audace et de bravoure téméraire16, qui n’a jamais refusé un cartel17 sur le continent, qui s’est battu vingt fois, qui recommencera à la première occasion. Eh bien, cet homme refusera un duel dans son île. Si vous l’offensez, il vous tuera d’un coup de pistolet ou de poignard après vous avoir dit la veille «gardez-vous, je me garde».

Pourquoi cet homme qui a joué mille fois sa vie, dédaigne-t-il de18 la jouer encore? Parce que le duel n’est pas dans ses mœurs, voilà tout.

Le bandit corse d’aujourd’hui, c’est l’homme dont les circonstances ont fait l’homme de la nature et qui a accepté cette existence avec sa poésie et ses périls.

Le bandit n’a rien, rien qu’un fusil. Sa fortune ne lui appartient plus. En revanche la fortune de tous est à son service. Par une nuit d’orage, quand le maquis ruisselle, s’il frappe à la porte d’une hutte de berger, la hutte s’ouvre aussitôt, on le réchauffe, on l’héberge de grand cœur.

En retour le bandit se déclare le protecteur du faible et la terreur du fort. Mieux que la justice gouvernementale, le bandit redresse les torts19 de chacun. Les Corses se moquent peu ou beaucoup de sentences d’un tribunal quand un bandit a prononcé la sienne, il faut obéir.

Rien ne parvenait à mettre fin aux vendettas, ni l’occupation des génois, ni l’interdiction de Pasquale Paoli car elles dépeuplaient des villages entiers. Dans la première moitié du XIX-ème siècle, certaines vendettas ont fait jusqu’à soixante victimes. C’est seulement en novembre 1931, que la gendarmerie mobile a détruit les derniers groupes de bandits cachés dans les montagnes.

La montagne dans la mer

La Corse

La Corse

Pour découvrir la Corse et tenter de percer ses mystères, il faut réussir à la pénétrer, à s’enfoncer dans son intérieur montagneux et à se remplir de ses parfums.

La Corse est traversée par une multitude de sentiers. Hommes et bêtes ont tissé cette toile d’araignée20 depuis des siècles pour se déplacer d’un hameau à l’autre, pour transhumer21 dans les vallées profondes ou pour «échapper à la loi» en se réfugiant dans la montagne. Ces pistes traversent le maquis aux effluves22 odoriférants et les forêts de hêtres ombragées avant d’atteindre un sommet aux arêtes vives23, un village juché24 ou une plage oubliée.

Il y a des randonnées25 à la portée de chacun. Sur les côtes plus fréquentées, elles vous conduiront le plus souvent à des criques26 creusées par un torrent, ou parfois à un village comme Girolata, inaccessible par la route. Une autre vous mènera, à travers une étendue27 de granit calciné28 par un soleil de feu et rongé29 par le sel, aux rivages sablonneux du sauvage désert des Agriates; paysage étrange de fournaise30 où une végétation rabougrie31 réussit difficilement à s’accrocher aux rochers chauves et blanchis.

Au hasard de la découverte d’une petite église du XI-ème siècle, d’un pont génois toujours bien droit, d’une pierre à la figure humaine, on peut percevoir les traces d’un passé lointain. Au cœur de la Corse, au-delà des derniers bourgs, s’étalent les prairies d’altitude creusées en corridors profonds. Là, les torrents fougueux32 dégringolent de gorges en cascades. A plus de 2000 mètres, c’est un étrange monde de roches. Des pics de granit aiguisés se hérissent en épine dorsale33.

Bonifacio

Bonifacio

Bonifacio

Bonifacio est une citée exposée au large et aux vents qui s’engouffrent dans le goulet34 avec une violence inouïe. Lorsque ce souffle prend possession de la ville, malheur à celui qui s’y promène. Sa puissance est telle qu’il bouscule les moins solides. Passé la porte du pont-levis, la vieille ville, où le parler reste le génois et non le corse, se referme sur elle-même.

La vue de Bonifacio par la mer est l’une des plus réputées. Le bateau longe les immenses murs blancs dont les encorbellements35 s’avancent au-dessus de nous. Puis la ville apparaît qui semble nous regarder d’en haut. On a peine à retenir sa crainte de voir chuter ces immeubles aux ouvertures innombrables et minuscules.

Du port jusqu’à la Citadelle monte un chemin qui surplombe36 la marine et le goulet. Au début du siècle, les ânes encombraient cette route; des centaines d’ânes qui approvisionnaient la vieille ville. Les Bonifaciens surnommaient cette procession de bourricots37 «le métro de Bonifaziu». Les braves bêtes amenaient le boire et le manger aux habitants de la ville supérieure. Lorsque le soleil se levait, cette armée d’ânes commençait à braire, réveillant les pauvres citadins qui joignaient leurs insultes au tintamarre38 animal. Peu après, les porteurs d’eau se répandaient dans les ruelles encaissées, hurlant: «Acqua, acqua fresca». La force et l’habitude leur permettaient de monter les jarres39 pleines jusqu’en haut de ces escaliers érigés droit comme des échelles. Bonifacio est une ville religieuse par excellence. L’église de Saint Dominique est la plus vaste de Corse. Les Templiers ont entamé sa construction et elle a été terminée au XIV-ème siècle grâce aux subsides versés par les habitants.

1 perchoir (m) — насест
2 tourmenté — изрытый, сильно пересеченный
3 ravageur — опустошительный
4 faisceau (m) — зд. смесь
5 poignée (f) — горстка, небольшая группа
6 décliner — ослабевать
7 aller de pair avec — быть неразрывно связанным с
8 offense (f) — оскорбление
9 se devoir de — чувствовать себя обязанным
10 intempestif — неуместный
11 guérilla (f) — междоусобица
12 justicier (m) — заступник
13 broussailles (f, pl) — густой кустарник
14 éboulis (m) — обвал
15 repaire (m) — логово
16 téméraire — дерзкий
17 cartel (m) — вызов на дуэль
18 dédaigner de — пренебречь, не соизволить
19 redresser les torts — исправить ошибки
20 toile (f) d’araignée — паутина
21 transhumer — перебираться в горы
22 effluve (m) — запах
23 arête (f) vive — острый край
24 juché — высоко находящийся
25 randonnée (f) — большая прогулка
26 crique (f) — бухточка
27 étendue (f) — пространство
28 calciné — раскаленный
29 rongé — разъеденный
30 fournaise (f) — пекло
31 rabougri — чахлый
32 fougueux — бурный
33 se hérisser en épine dorsale — топорщиться гребнем
34 goulet (m) — узкий вход в гавань
35 encorbellement (m) — выступ
36 surplomber — нависать
37 bourricot (m) — ослик
38 tintamarre (m) — шум, гам
39 jarre (f) — глиняный кувшин

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