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Edith Piaf

Edith Piaf

Edith Piaf

Piaf n’était pas seulement Piaf. Elle était dans le sillage d’une époque qui créait des Cocteau, des Sartre, des Chagall. Mieux, Piaf elle-même créait des Montand, des Aznavour, des Bécaud…. Piaf, c’était la France. Sans marketing ou hit-parade. Avec le talent et la passion, c’est tout.

La légende veut qu’Edith Piaf soit née sous un lampadaire1, devant le 72 de la rue de Belleville dans le 20-ème arrondissement de Paris. En fait, Edith Piaf est sans doute née dans un hôpital du quartier comme l’indique le très officiel certificat de naissance au nom d’Edith Gassion daté du 19 décembre 1915.

Son père, Louis-Alphonse Gassion, est acrobate de rue et sa mère, Anita Maillard, est chanteuse lyrique sous le nom de Line Marsa. D’origine kabyle2 par sa mère, Edith est confiée à sa grand-mère Aïcha dans les premières années de sa vie. Aveugle à quatre ans, elle recouvre miraculeusement (selon une légende, après une prière ardente) la vue.

Au fur et à mesure des années, elle va découvrir le pouvoir de sa voix sur les foules. Avec sa meilleure amie, Simone dite Momone, elle va de plus en plus souvent gagner sa vie grâce au chant. A 15 ans, elle décide de voler de ses propres ailes.

Elle rencontre en 1932 Louis Dupont, dit P’tit Louis. De leur union, naîtra en 1933 une petite Marcelle. Mais, deux ans plus tard l’enfant meurt d’une méningite.

La Môme Piaf (1936)

La Môme Piaf (1936)

Son adolescence était vraiment difficile, elle chantait notamment dans les casernes. Mais un jour de 1935, alors qu’elle chantait au coin de la rue Troyon et de l’avenue Mac-Mahon, un passant, frappé par sa voix, lui propose de passer en cabaret. C’était Louis Leplée, directeur d’un des cabarets les plus élégants de Paris, le «Gerny’s 54», situé sur les Champs-Elysées où elle débute baptisée «la Môme Piaf» (moineau), nom qui évoque toute la fragilité physique du personnage. Du haut de ses 1,47 m, elle séduit alors le Tout-Paris de l’entre deux-guerres et obtient un triomphe immédiat.

Dans la foulée3, Louis Leplée lui fait enregistrer son premier 78 tours4 en 1936, «Les Mômes de la cloche». Mais en avril, Leplée est assassiné dans des conditions restées mystérieuses. Piaf, qui a un peu fréquenté le «milieu»5, est alors interrogée par la police, et la presse ne tarde pas à6 s’emparer7 de l’histoire. Pourtant très vite, la jeune chanteuse reprend sa carrière en main avec l’aide de Raymond Asso, dont elle interprète des chansons bientôt célèbres («Mon légionnaire», «Paris-Méditerranée», «C’est lui que mon cœur a choisi»).

En 1937, La Môme Piaf devient définitivement Edith Piaf. Elle poursuit une carrière bientôt triomphale en France et à l’étranger. Le public trouve dans ses chansons l’expression des espoirs et des souffrances de la vie quotidienne, sans faire partage entre son répertoire et sa vie personnelle, marquée par les succès et les drames.

Edith Piaf (1939)

Edith Piaf (1939)

Edith Piaf devient à cette époque la coqueluche8 des grands intellectuels, et entre autres de Jean Cocteau qui écrit pour Piaf, la pièce qui sera le succès de la saison 1940, «Le bel indifférent». Cette histoire révèle l’immense talent de Piaf pour l’art dramatique. Suite à cette pièce, elle est engagée pour le film «Montmartre sur scène» de Georges Lacombe. Sur ce tournage, Piaf rencontre Henri Contet, qui devient un de ses principaux compositeurs.

Pendant la période de guerre, Edith Piaf fait de la résistance à sa façon. Après avoir obtenu des Allemands l’autorisation de chanter devant les prisonniers de guerre français, elle sauve 120 internés ayant inventé le truc suivant : elle revient du camp avec une grande photo sur laquelle elle est prise avec les prisonniers. De retour à Paris, elle fait agrandir la photo et en découpe chaque figure. Il ne reste qu’à coller ces petites photos sur des passeports préparés au préalable9. Puis elle se débrouille pour les remplir aux noms des prisonniers. Quelque temps après, Piaf sollicite l’autorisation de donner un autre gala dans le même camp et y apporte, dans une valise à double fond, cent vingt passeports.

Il y a une chanson dans le répertoire d’Edith qui, par l’ambiance10 qu’elle crée, est très proche de cet épisode. C’est «Je sais comment».

A la fin de l’année 45, Piaf écrit seule un des titres les plus populaires de tous les temps, «La vie en rose». Cependant, son entourage de l’époque considère cette chanson sans intérêt et Piaf mettra plus d’un an avant de la chanter.

Avec les Compagnons de la Chanson (1946)

Avec les Compagnons de la Chanson (1946)

En 1946, Edith Piaf fait la connaissance d’un groupe de jeunes chanteurs les Compagnons de la Chanson. Elle décide de prendre leur carrière en main. Elle leur propose d’enregistrer un titre ensemble, «Les trois cloches». Le succès est foudroyant11 et le disque se vend à un million d’exemplaires. Piaf décide alors de les emmener lors de sa première tournée américaine qui démarre en 1947.

Effectivement, les premiers concerts au Playhouse, cabaret new-yorkais, n’attirent guère les Américains. Cependant, sur le point de12 rentrer en Europe, Piaf décide de rester après avoir lu une excellente critique dans un des plus grands quotidiens de New York. Elle retrouve alors un engagement d’une semaine au Versailles, cabaret très sélect13 de Manhattan. Face au succès, elle y restera finalement quatre mois et reviendra y chanter régulièrement les années suivantes.

Ce passage à New York est marqué pour la chanteuse par deux rencontres essentielles. Tout d’abord, elle devient très amie avec la comédienne et chanteuse Marlène Dietrich. Mais surtout, elle tombe follement amoureuse du boxeur Marcel Cerdan. Cette histoire entre «Le roi de la boxe et la reine de la chanson», est une des plus fameuses «romances» du siècle. Elle lui écrit «L’hymne à l’amour», un de ses titres les plus connus et les plus chantés.

Avec Charles Aznavour (1958)

Avec Charles Aznavour (1958)

La mort soudaine de Marcel Cerdan dans un accident d’avion transforme cette belle histoire en tragédie, et cette disparition marque pour la chanteuse le début d’une longue période de dépression qui ne cessera jamais vraiment.

Cependant elle travaille toujours et en 1950, elle remonte sur scène à Paris. A cette même époque, le jeune auteur-compositeur Charles Aznavour devient son «homme-à-tout-faire», secrétaire, chauffeur et confident. Dès 1945, elle l’aide à faire ses preuves sur scène. Aznavour, qui lui écrira des titres tels que «Jézébel» ou «Plus bleu que tes yeux», restera un de ses fidèles amis jusqu’au bout.

En juillet 52, elle épouse civilement le chanteur Jacques Pills. Il donne aussi quelques récitals dans un cabaret new-yorkais, et y est accompagné au piano par un jeune débutant, Gilbert Bécaud, qui écrira pour Piaf «Je t’ai dans la peau».

En 1958, Edith Piaf rencontre Georges Moustaki. Chanteur, auteur, compositeur, il lui écrit la chanson «Milord». Doté d’un caractère entier, Moustaki aura avec Piaf une relation houleuse14. Ils ont ensemble un grave accident de voiture en septembre 58 qui affaiblira un peu plus Piaf. Quelques mois plus tard, en plein concert à New York, elle s’effondre15 sur scène et est opérée d’urgence.

En 1960, le jeune compositeur Charles Dumont lui propose sa chanson «Non je ne regrette rien». Piaf est subjuguée16 par ce titre. Elle décide de le chanter sur scène à l’Olympia début 1961.

A l’Olympia, Paris (1960)

A l’Olympia, Paris (1960)

En été 61, elle rencontre le dernier homme de sa vie, Theophanis Lamboukas (dit Sarapo). Il est le dernier homme qu’elle aimera et aussi le dernier chanteur qu’elle tentera de lancer.

En septembre 62, elle s’installe une dernière fois à l’Olympia avec un répertoire plus intimiste. Le 25 du même mois, elle chante du haut de la Tour Eiffel pour la première mondiale du film «Le Jour le plus long». Piaf chante ce soir-là pour toute la ville de Paris qui s’étend à ses pieds.

Elle tombe dans le coma en avril 1963 et passe les derniers mois de sa vie dans le Sud de la France. C’est à Cannes, que Edith Piaf s’éteint le 11 octobre 1963, le même jour que son ami Jean Cocteau.

Ces funérailles à Paris le 14 octobre 1963 attirent des dizaines de milliers d’admirateurs qui suivent le cortège jusqu’au cimetière du Père Lachaise. Encore aujourd’hui, sa tombe est quotidiennement fleurie par d’innombrables visiteurs venus du monde entier.

Personnalité majeure de la culture française, Edith Piaf est encore très présente dans l’actualité de la chanson. En 1996, le spectacle «Piaf je t’aime» consacré à la vie de la chanteuse, rencontre un vif succès à Paris.

Depuis sa disparition, ses chansons ont été reprises par les plus fameux artistes internationaux parmi lesquels Louis Armstrong, Joséphine Baker, Marlene Dietrich, Johnny Hallyday, Serge Gainsbourg, Liza Minnelli, Charles Aznavour.

La vie en rose

Paroles: Edith Piaf. Musique: Louigy, 1942
autres interprètes: Dalida (1965), Patricia Kaas

Des yeux qui font baisser les miens
Un rire qui se perd sur sa bouche
Voilà le portrait sans retouche
De l’homme auquel j’appartiens

Refrain:
Quand il me prend dans ses bras,
Il me parle tout bas
Je vois la vie en rose,
Il me dit des mots d’amour
Des mots de tous les jours,
Et ça me fait quelque chose
Il est entré dans mon cœur,
Une part de bonheur
Dont je connais la cause,
C’est lui pour moi,
Moi pour lui dans la vie
Il me l’a dit, l’a juré
Pour la vie.
Et dès que je l’aperçois
Alors je sens en moi
Mon cœur qui bat.

Des nuits d’amour à plus finir
Un grand bonheur qui prend sa place
Des ennuis, des chagrins s’effacent
Heureux, heureux à en mourir

{au Refrain}

1 lampadaire (m) — уличный фонарь
2 kabyle — кабильский, (из горного района Алжира)
3 dans la foulée — не останавливаясь, сразу же после
4 le 78 tours — граммофонная пластинка, записанная на скорости 78 об/мин.
5 le » milieu « — криминальная среда
6 ne pas tarder à f. qqch. — не заставить себя ждать
7 s’emparer — «накинуться»
8 être la coqueluche de qqn. — быть обожаемым кем-либо
9 au préalable — заранее
10 ambiance (f) — обстановка, атмосфера
11 foudroyant — молниеносный
12 être sur le point de faire qqch. — собираться ч/л сделать
13 sélect — шикарный
14 houleux — бурный
15 s’effondrer — рухнуть
16 être subjugué — быть покоренным

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