L’Alsace

L’Alsace

Quand le Rhin n’est plus une frontière

Coincée entre les Vosges et le Rhin, l’Alsace est un ruban de terres fertiles où la vie agricole, urbaine et industrielle a été très précoce. Par son cadre naturel, son passé historique, ses caractères humains et ses structures, l’Alsace est sans aucun doute la plus homogène et la plus authentique de toutes les régions françaises. C’est aussi la région la plus engagée dans la réalisation de l’idée européenne.

L’Alsace se voit jouer un rôle important depuis les temps des mammouths et des rhinocéros laineux1. Coïncidant avec l’ancienne province, la région Alsace associe2 étroitement la plaine et un versant montagneux. La plaine y permet la pratique d’une polyculture3 intensive: céréales, tabac, betteraves et légumes. Entre montagne et plaine, les sols bien exposés portent un vignoble de qualité. Les cépages nobles produisent des vins aussi réputés que les Riesling, Pinot, Tokay et Muscats. Le vignoble alsacien produit 400 000 hectolitres de vins au bouquet original.

La plus petite des vingt-deux régions administratives françaises vient au seizième rang pour la population: cette densité humaine est voisine du double de la moyenne nationale4. Par son peuplement, ses traditions, sa situation frontalière, ce «beau jardin», selon l’expression de Louis XIV, manifeste une remarquable vitalité urbaine dans de petites capitales de vallées, bourgs ruraux ou viticoles5. La vie économique y est commandée par trois villes principales: Strasbourg, Mulhouse et Colmar.

Alzace

Histoire d’Alsace

L’Alsace entre dans l’histoire avec César et la Guerre des Gaules en 58 avant J.-C. Le proconsul barre aux Germains la route du Midi. Sa victoire près du village de Wittelsheim fixe pour des siècles les destinées de l’Alsace, aux avant-postes de la latinité. Pourtant, l’Alsace fait partie de l’Allemagne du IXe au XVIIe siècle et, alors qu’en France le parler vulgaire6 se détache du latin et se forme le roman, ancêtre du français, l’Alsace conserve sa langue propre, l’alsacien, dérivée de l’allemand.

Louis XIV récupère l’Alsace qui redevient le territoire français pour deux siècles. Mais la guerre franco-allemande éclate en 1870 comme un coup de tonnerre. Secouée par l’épisode de la Commune parisienne, la France est contrainte de signer une paix désastreuse (le traité de Francfort, le 15 mai 1871) où elle cède l’Alsace (qu’elle ne pourra définitivement reprendre qu’à la fin de la première guerre mondiale).

L’annexion de l’Alsace à l’Empire allemand coïncide avec l’explosion de la seconde révolution industrielle, celle de l’électricité, du gaz et des communications. Les conditions de vie sont modifiées, comme les comportements et les mentalités. L’Alsace participe à la prospérité économique: création d’industries, essor7 du commerce et de l’agriculture. L’accroissement démographique par immigration est considérable.

Les villes prennent une physionomie nouvelle. A Strasbourg, à côté des réalisations médiévales ou Renaissance et des implantations du XVIIIe siècle français, naît une «troisième ville», reconnaissable au premier coup d’œil. Ourlée8 d’imposantes constructions, la Kaiserplatz devient le centre du quartier gouvernemental: le palais de l’Empereur, aujourd’hui palais du Rhin, inauguré en 1889, s’ouvre sur la place dotée de la statue de Guillaume Ier; lui font face le palais du Parlement, actuel Conservatoire de musique, et la Bibliothèque universitaire reconstituée après le désastre de 1870. Partout sont prodigués9 des ornements doriques et gothiques alors à la mode, égyptiens parfois, ou baroques. Se mêle à cela, aux environs de 1900, le style moderne de Paris, de Nancy ou de Munich.

Après l’apocalypse vient le temps de l’espérance. Aujourd’hui cette espérance est liée au rapprochement franco-allemand et à l’élaboration de l’Europe où l’Alsace peut retrouver sa place de province rhénane10.

Strasbourg

Le parlement Européen

Archéologues et historiens nous ramènent au niveau des fouilles, qui racontent que l’histoire de Strasbourg accomplit ses premiers pas dans les traces parmi les plus anciennes de la présence de l’homme en Europe, il y a 700 000 ans.

Contrairement à la légende tenace11, les Romains n’ont pas trouvé en arrivant une forêt vierge dans laquelle quelques barbares incultes essayaient laborieusement de maintenir leurs fragiles clairières12 d’humanité. Non, l’Alsace a derrière elle plus de cinq millénaires d’histoire agraire et plus de 2000 ans de métallurgie. Des groupes humains venus d’Europe Centrale et des bordures occidentales de l’Europe, de l’Atlantique et de la Manche, mais encore des bords de la Mer noire et de la Mer Egée étaient donc déjà présents en Alsace comme l’atteste la fabuleuse collection d’objets, de bijoux, d’armes, présentée par le Musée Archéologique de Strasbourg. La géographie commande l’histoire et ce site paraît d’emblée13 complexe et pluriel14.

On doit souligner deux aspects du site de Strasbourg qui sont parfaitement évidents et pourtant contradictoires:

  • le site est favorable car il constitue potentiellement un nœud de circulation dense par les voies fluviales et terrestres qui y sont nombreuses;
  • le site est quelconque15, voire hostile: une zone essentiellement inondable ayant pour conséquence sur la santé de l’homme l’action particulièrement virulente16 de la malaria qui ne semble avoir été éradiquée17 qu’au XIXe siècle!

L’eau est partout, qu’elle soit phréatique18 (de 2 à 8m sous le sol actuel) ou fluviale. L’apport du Rhin au site est considérable. Il assure une double fonction dans l’histoire de la ville: celle de la communication par les moyens de la batellerie19 mais aussi de l’autre, celle de la défense naturelle.

Dernier élément, les collines calcaires au pied des Vosges qui produisent la vigne, donc le vin, lequel joue un rôle non négligeable dans l’économie strasbourgeoise.

Le climat par contre, ne paraît pas très favorable. Il ne s’agit vraiment d’un climat tempéré océanique, mais d’un climat semi-continental aux fortes valeurs extrêmes de grand froid d’une part et, d’autre part, de forte chaleur.

Et cependant, malgré tous les arguments contraires, le site est adopté, aménagé, développé par les générations successives et variées d’occupants.

Capitale intellectuelle, artistique et économique de l’Alsace, Strasbourg a l’ampleur20, l’atmosphère et l’attraction d’une capitale sans en avoir la démesure21. C’est une ville que l’on ne se lasse jamais de revoir, parce qu’elle a toujours quelque chose de nouveau et d’essentiel à dire.

Siège du Conseil de l’Europe et du Parlement Européen, Strasbourg est une ville idéale pour organiser un congrès ou un séminaire de portée internationale. Sur le plan culturel: la richesse des collections des Musées de Strasbourg, le rayonnement lyrique de l’Opéra du Rhin, et les programmes ambitieux des Théâtres, sont reconnus et appréciés dans le monde entier.

Une ville ancienne composée d’un harmonieux décor dont les éléments les plus précieux sont la cathédrale gothique et le vieux quartier de la Petite France (maisons à colombages22 et ponts fortifiés).

Réputée dans le monde entier pour sa gastronomie, Strasbourg est aussi la capitale des gourmands: foie gras, vins d’Alsace, chocolats, eaux de vie, font le délice des «fines gueules» de tous les pays.

1 rhinocéros (m) laineux — шерстистый носорог
2 associer — сочетать
3 polyculture (f) — многоотраслевое хозяйство
4 …est voisine du double de la moyenne nationale — почти вдвое выше, чем в среднем по стране
5 viticole — виноградарский
6 parler (m) vulgaire — разговорный язык
7 essor (m) — взлет, стремительное развитие
8 ourler — окаймлять
9 être prodigué — быть повсюду
10 rhénan — прирейнский
11 tenace — укоренившийся
12 clairière (f) — проблеск
13 d’emblée — сразу
14 pluriel — разнообразный
15 quelconque — посредственный
16 virulent — вирусный, (злобный)
17 éradiquer — искоренить
18 eau (f) phréatique — грунтовые воды
19 batellerie (f) — промысел лодочника
20 ampleur (f) — широкий размах
21 démesure (f) — излишества
22 colombage (m) — каркасная деревянная стена с кирпичным заполнением

Sergey: